LUTTE POUR LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE EN AFRIQUE
L’AFSA conquise par le modèle intégré de « Karonghen Wati Naaning » en Casamance
L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) a exprimé un intérêt marqué pour le modèle développé par le centre agroécologique « Karonghen Wati Naaning », en Casamance, qu’elle considère comme une initiative exemplaire en matière de souveraineté alimentaire et de transition agricole durable. Son coordonnateur général, Million Belay, s’est dit « impressionné » par les réalisations de ce centre de formation, d’expérimentation et de démonstration des bonnes pratiques agroécologiques paysannes, situé dans la commune de Niaguis, à une quinzaine de kilomètres sur l’axe Ziguinchor–Kolda.
Fondé par le mouvement panafricain des femmes rurales Nous Sommes la Solution (NSS), qui porte le slogan « Célébrons l’agriculture familiale africaine », et par l’Association des Jeunes Agriculteurs de Casamance (AJAC), le centre s’impose progressivement comme un pôle stratégique de promotion de l’agroécologie paysanne au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.
« Je suis impressionné par ce que j’ai vu ici, tant en matière de formation aux bonnes pratiques agroécologiques que par la diversité des activités développées au sein du centre », a déclaré Million Belay, le 08 février dernier, au terme d’une visite de terrain de deux jours. Au fil de cette immersion, il a parcouru l’ensemble des unités : élevage, pisciculture, agroforesterie, agriculture, apiculture, horticulture, transformation, production de biofertilisants et de bioprotecteurs, ainsi que les initiatives de gestion de la mangrove.
Le responsable de l’AFSA a salué une « approche complète » intégrant formation des producteurs, valorisation des savoirs locaux, protection des semences paysannes et promotion de pratiques respectueuses des écosystèmes. Selon lui, le centre développe un modèle cohérent articulant production, formation, transformation, valorisation et ancrage communautaire. « C’est une unité qui permet à d’autres pays de se connecter à cette expérience. Ce qui m’a également marqué, c’est le lien avec l’environnement immédiat : les villages voisins ont accès non seulement aux ressources produites par le centre, mais aussi aux connaissances qui y sont développées », a-t-il souligné. A l’en croire, le centre apporte une réponse concrète aux défis structurels auxquels l’agriculture familiale est confrontée dans la région.
Implanté dans la commune de Niaguis, « Karonghen Wati Naaning » mise sur la diversification des cultures, l’agroforesterie, le compostage biologique et la gestion durable des ressources en eau. L’initiative accorde également une place centrale à la formation des jeunes et des femmes, considérés comme des acteurs clés de la transformation du système alimentaire local.
Pour l’AFSA, cette expérience démontre qu’il est possible de concilier productivité, résilience climatique et autonomie des communautés rurales. « Nous voyons ici un modèle reproductible, ancré dans les réalités locales et porteur d’espoir pour l’Afrique », ont souligné les membres de la délégation. Saluant l’énergie et l’engagement des équipes, Million Belay a ajouté : « En tant qu’organisation panafricaine, nous avons besoin d’énergie. Lorsque nous restons dans nos bureaux, elle diminue. Mais lorsque nous venons sur le terrain et voyons des personnes travailler avec passion et apporter des preuves concrètes, cela nous encourage énormément. »
Le modèle « Karonghen Wati Naaning » rayonne dans neuf pays et positionne le sénégal comme référence africaine
Dans le contexte agroécologique de la région de Casamance, cette appellation traduit une volonté claire : remettre au cœur du développement agricole les savoirs locaux, les semences traditionnelles, les techniques culturales ancestrales et les modes d’organisation communautaires. Ce choix de nom n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une dynamique portée notamment par des organisations comme l’Alliance for Food Sovereignty in Africa (AFSA), qui défendent la souveraineté alimentaire à travers la valorisation des systèmes agricoles africains.
La visite s’est déroulée en présence de Mamadou Danfakha, coordonnateur de NSS, de Famara Diédhiou, chargé de programme pour l’Afrique de l’Ouest à l’AFSA, de son collègue Charles Lwanga, responsable du programme « Sol sain, aliments sains », ainsi que de Mariama Sonko, présidente du mouvement panafricain NSS. Mme Sonko s’est vivement réjouie de cette visite et de l’appui constant de ce partenaire stratégique, qui accompagne le mouvement. Elle a rappelé que « Karonghen Wati Naaning » est un centre de formation, d’expérimentation et de démonstration couvrant plusieurs domaines : agriculture, élevage, pisciculture, transformation, agroforesterie et apiculture.
Le centre contribue activement à la promotion de l’agroécologie paysanne dans neuf pays membres du mouvement : le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mali, le Togo et le Sénégal. Selon elle, la particularité des centres secondaires en cours d’installation dans ces pays réside dans la production et l’utilisation de biofertilisants, de bioprotecteurs et de biostimulants, ainsi que dans la valorisation des semences paysannes. « Aujourd’hui, notre mouvement promeut une pratique agroécologique qui met en valeur les semences paysannes. Ces semences biologiques contribuent à renforcer la fertilité des sols et à améliorer les rendements », a-t-elle souligné.
Dans les neuf pays où le mouvement est implanté, des fermes agroécologiques ont été mises en place afin de promouvoir une agriculture durable, portée notamment par les femmes rurales. À travers cette visite, les responsables entendent également bénéficier d’un regard extérieur, de conseils et d’orientations pour renforcer le centre et l’affirmer comme un pôle d’excellence en Afrique de l’Ouest, voire à l’échelle continentale. « Nous avons acquis de l’expérience et de la motivation, et nous bénéficions de l’accompagnement de partenaires. Le reste dépendra de notre capacité à persévérer et à démontrer que l’agroécologie peut nourrir durablement les populations », a insisté Mamadou Danfakha, réaffirmant l’ambition de NSS de faire de ce site un centre africain de référence en matière d’agroécologie, de transformation et de valorisation des productions paysannes.
À l’issue de la visite, Famara Diédhiou, également séduit par le modèle développé, a promis un accompagnement renforcé : « Nous repartons avec une confiance accrue. Ce que nous avons vu ici témoigne de l’ampleur du travail accompli. Nous allons les mettre en relation avec d’autres partenaires afin de consolider et d’amplifier leurs actions. » Cette reconnaissance panafricaine conforte le positionnement de la Casamance et du Sénégal en général comme un véritable laboratoire d’innovations agroécologiques au service de la souveraineté alimentaire du continent.