DE NIAGUIS À L’AFRIQUE
Les mouvements paysans unissent leurs forces pour l’agroécologie
🌿 Synergies Africa
NIAGUIS, SUD DU SÉNÉGAL – Située en Casamance, dans la région de Ziguinchor, à environ 455 kilomètres de Dakar, la localité de Niaguis accueille, du 26 au 30 octobre 2026, une rencontre panafricaine consacrée à l’agroécologie paysanne. Organisée par le mouvement « Nous Sommes la Solution » (NSS), avec l’accompagnement de Thousand Currents, elle réunit 60 représentant·es de mouvements de terrain, de réseaux paysans et d’alliances rurales issus de différentes régions du continent. Les travaux se déroulent au Centre de formation et de démonstration des bonnes pratiques agroécologiques paysannes « Koronghen Wati Naaning », avec un dispositif d’interprétation en quatre langues : anglais, français, portugais et swahili.
Au-delà du partage d’expériences, cette rencontre entend contribuer à la construction d’une dynamique collective africaine en faveur de l’agroécologie paysanne. L’objectif est de rapprocher les mouvements d’Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe afin de renforcer leur capacité d’action face aux défis qui affectent les systèmes agricoles et alimentaires du continent.
Rompre l’isolement pour renforcer les luttes paysannes
Au cœur des discussions figure la volonté de dépasser la dispersion des initiatives locales pour construire une solidarité interrégionale durable. Les organisations participantes entendent mettre en commun leurs expériences, confronter leurs réalités et élaborer une analyse partagée des difficultés auxquelles sont confrontées les communautés rurales.
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Les échanges porteront notamment sur l’accaparement des terres et des ressources, la fragilisation des savoirs traditionnels et les conséquences des modèles agricoles industriels sur les économies locales. Pour les organisateurs, l’agroécologie ne se réduit pas à un ensemble de techniques de production. Elle représente également un enjeu politique, social et culturel, étroitement lié à la souveraineté des communautés et à leur capacité à maîtriser leurs systèmes alimentaires.
Dans cette perspective, les participant·es ambitionnent de poser les premiers jalons d’une plateforme continentale de travail sur cinq ans. Celle-ci devrait favoriser la formation politique, le partage des connaissances entre organisations paysannes, la recherche collective et la coordination des actions de plaidoyer au-delà des frontières nationales.
La souveraineté semencière au cœur des priorités
La défense des semences paysannes occupe une place centrale dans les orientations de la rencontre. Les participant·es souhaitent promouvoir la préservation, la multiplication et la gestion communautaire des semences locales et autochtones, considérées comme des leviers essentiels de la résilience écologique et de l’autonomie des producteur·rices.
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Le renforcement des marchés territoriaux et des systèmes alimentaires locaux figure également parmi les priorités. Il s’agit de valoriser les productions du terroir, de favoriser les circuits d’échange de proximité et de consolider les mécanismes communautaires de gestion et de redistribution des richesses. Cette orientation vise à réduire la dépendance des producteurs aux chaînes d’approvisionnement mondiales et à mieux ancrer les économies rurales dans leurs territoires.
Ces priorités s’inscrivent dans une réflexion plus large sur les rapports de pouvoir qui structurent les systèmes agricoles et alimentaires. Les organisations participantes entendent identifier des réponses collectives capables de préserver les ressources naturelles, de protéger les moyens de subsistance des communautés et de renforcer leur pouvoir de décision quant à leur avenir.
Les femmes rurales, actrices centrales de la transition
La place des femmes paysannes constitue un autre axe majeur des travaux. Gardiennes de semences, productrices, transformatrices et détentrices de savoirs endogènes, elles jouent un rôle déterminant dans la préservation de la biodiversité et le fonctionnement des économies rurales.
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La rencontre entend intégrer le leadership des femmes et la formation politique féministe à l’ensemble de la stratégie collective. L’enjeu est de mieux prendre en compte leurs analyses, leurs expériences et leurs propositions dans la définition des orientations de l’agroécologie paysanne en Afrique.
Cette démarche s’accompagne d’une attention particulière aux conditions de participation des responsables des mouvements sociaux. À la différence des conférences classiques, les organisateurs privilégient une approche fondée sur l’écoute, le soin et la reconnaissance des savoirs détenus par les communautés. Les paysan·nes, les gardien·nes des semences et les organisateur·rices des mouvements sociaux sont ainsi placés au centre du processus de réflexion.
Vers une feuille de route continentale
Sur le plan méthodologique, les travaux associeront l’analyse des structures de pouvoir, les échanges d’expériences et les formations pratiques entre pairs. Les discussions aborderont notamment la conception de banques de semences et les systèmes participatifs de garantie, des dispositifs susceptibles de renforcer l’autonomie des communautés et la confiance dans les productions issues de l’agroécologie.
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À l’issue de la rencontre, les participant·es espèrent consolider les liens de confiance entre les organisations, approfondir leur compréhension des réalités agricoles et sociales du continent et élaborer une feuille de route commune pour les cinq prochaines années. Un agenda collectif d’apprentissage devra également permettre de maintenir les orientations stratégiques au plus près des réalités du terrain.
Les organisateurs prévoient par ailleurs la publication et la diffusion d’un communiqué collectif à la clôture des travaux. Au début de l’année 2027, des sessions virtuelles de restitution et de partage en plusieurs langues devraient prolonger les échanges et permettre une plus large diffusion des enseignements pratiques et méthodologiques tirés de la rencontre.
L’ambition est de transformer des expériences paysannes dispersées en une force collective à l’échelle africaine. Le défi sera désormais de traduire cette volonté de convergence en engagements concrets, capables de renforcer durablement la souveraineté alimentaire, de protéger les semences paysannes et d’accroître le pouvoir d’action des communautés rurales.
Hubert SAGNA